Zoétises — Lueurs poétiques — 10 Rue de la tulipe — 1050 Bruxelles
T 0475 94 68 12 / E zoetises@gmail.com
Ouvert tous les jours de 12:00 à 17:30 (sauf le dimanche)
Ou sur rendez-vous le matin
------------------------------------------------------------------------------------
Derrière une discrète vitrine longeant la rue de la Tulipe, le visiteur curieux
et surpris ne manque pas de jeter au premier abord, un coup d’œil. Interpellé par ces lampes aux contours variés et inédits, il s’arrête un moment, et promène son regard sur des modèles souvent insolites. Car aucune lampe
de Zoé, ne ressemble à l’autre, ce sont des pièces uniques, parfois même
des sculptures...
Au premier plan, le «lightray», une oeuvre ludique et vitaminée, composée de tessons de bouteilles dont la lueur nous porte dans une ambiance douce et poétique avec, parsemées ici et là, des petites touches de surréalisme et de fantaisie. Bienvenue dans le monde des Zoétises ! Ou l’expression originale d’une artiste discrète qui construit autour de simples faisceaux, des ambiances uniques et authentiques. Son monde, elle le puise dans le vécu : celui de son inconscient, celui des choses qui racontent par elles-mêmes leur histoire et se laissent réinventer du bout de ses doigts... Une ancienne boîte à biscuits, de la verrerie de laboratoire, un moule à chapeau, un pied «vintage» de caméra photo,… chaque élément chiné au cours de ses recherches est détourné de sa fonction originelle et retrouve ici une nouvelle vie.
De l’enfance au créateur
C’est aux Etats-Unis, où elle s’installe après des études d’architecture d’intérieur qu’à vingt ans, Zoé découvre les «junk-yards», ou «champs de ferrailles». Ici, s’entassent pêle-mêle des stocks de vieux métaux. C’est le coup de cœur : Emerveillée, elle prend l’habitude d’aller y «chiner» quotidiennement. Sa première lampe est ainsi créée à partir de trois fois rien. Depuis, sa passion pour les objets... n’a cessé de croître. Une préférence ? Le vieux zinc blanchi par la lumière.
Sa démarche
Elle part d’objets délaissés pour leur réinventer une raison d’exister. Plus encore, elle place ses éléments de récup en avant plan et les met en scène et en lumière. En combinant le bois, le métal, le verre,... en redéfinissant leur cadre et leur nouvelle fonction. Ses mises en scène originales créent autour de l’ampoule des ambiances à la fois industrielles auxquelles elle ajoute une touche de poésie. L’esprit est toujours vintage, l’ « éco-design », et l’ « Art de la Récup’ », constitue le fil rouge de ses créations. Ludique mais sensible à la frénésie environnante, à la sur- consommation de masse, elle redéfinit le temps. Et touche à l’intemporel…
------------------------------------------------------------------------------------
Fais voir
La lumière est matière. Tout un fatras de petits corps. Des corpuscules ou, on le dit aussi, tout un cortège d’ondes.
Pourtant elle n’est pas un composant, un ingrédient de la réalité, un « élément » au sens où nous parlons des quatre éléments : l’eau, la terre, le feu, l’air.
Elle n’est pas l’un d’eux. Serait-elle en chacun, sorte d’élément plus élémentaire que lesdits éléments eux-mêmes ? Le fondamental des fondamentaux ?
Peut-être, mais pas sûr.
Car lumière, lueur, éclat ne font pas être, ils font connaître. La lumière ne fait pas exister, elle fait savoir que quelque chose existe. Un enfant me le dirait : la lumière fait voir.
Dès qu’on voit, c’est que de la lumière, sortie d’on ne sait pas encore où - parfois il semble qu’elle vienne même de mots – a jailli.
Oui, de la lumière, très cher, on ne dit pas qu’elle « sort ».
Puisque, dit-on avec justesse, elle « jaillit ».
Entrer, sortir, être dedans, dehors, cela vaut pour les choses, pour le réel aux prises avec lui-même. Pas pour cette part du réel qui, tout au fond de lui, veut le faire voir, veut fait savoir que le réel est.
Dès que le réel est mis en lumière, il entre dans la lumière.
Non pas parce que la lumière, elle, serait entrée.
Mais parce qu’elle a « jailli ».
La lumière n’est pas quelque chose, elle n’est pas quelque part. Puisqu’elle est dans un jaillissement et qu’elle n’est qu’à jaillir, on pourrait dire que « la lumière » c’est du temps.
C’est le moment où les choses se font voir, où elles nous font connaître leur existence, où elles veulent bien partager ce savoir avec nous, savoir qu’elles existent.
C’est pourquoi à la lumière s’applique l’apparent paradoxe qui est au cœur de tout ce qui est profond, tout ce qui est au fond, fondamental.
Car on ne peut aller vers le fond, vers le primordial, on ne peut aller à la rencontre du principe qu’à partir de ce que lui a rendu possible – sans pouvoir l’atteindre lui-même en lui-même.
S’agissant de la lumière, cela veut dire : on ne voit pas ce qui fait voir.
On ne voit pas la lumière : on ne voit que ce qu’elle éclaire, ce à quoi elle donne sa clarté. On ne voit pas la lumière, on voit l’air traversé par elle. On ne voit pas la lumière, on voit cet objet ici, là, à l’endroit où elle l’a fait entrer en elle. On ne voit pas la lumière. Sinon, où trouver la clarté qui la mettrait elle-même en lumière ?
En ce sens, les pièces de Zoé - comment appeler ses choses, ses objets : parlons d’« entrées », entrées en lumière, parlons ainsi en attendant de dire mieux - sont des présences.
Présences portées à leur comble puisque dans ces « entrées » on voit l’objet comme on n’avait pas encore su le voir, lui rendant hommage. Et on voit, on verrait presque, croit-on, ce qui le fait voir.
Présence : prés-ence, tout près, presque, mais avec encore un peu d’éloignement, encore au loin.
De la lumière, les pièces de Zoé montrent le trajet, son destin, source et destination.
D’où elle vient – ces fils si visibles qui plongent vers des origines justement voilées.
Et, bien sûr, où elle arrive, son arrivée, c’est-à-dire les rives qu’elle touche, les bords où elle se dépose, les contours des choses ourlées du dessin de nos gestes quotidiens, humains.
Art = approche.
Artiste = conscience qu’être près-ent c’est s’efforcer d’approcher, de s’approcher. L’humilité - celle des choses ordinaires et des gestes ordinaires qui nous font aller vers elles, celle du geste artiste qui nous montre ce royaume de l’ordinaire – l’humilité, elle seule peut être éblouissante. Car elle seule sait retrouver les chemins de clarté.
Tiens, pourquoi pas « exercices de présence » ?
Oui, c’est ça, appelons-les des exercices de présence.
Olivier Verseau